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Chapitre 025

Une Place au bord de l’eau

Le Reste demande à partager un instant sans le retenir. Sur la rive, une rencontre prudente devient l’occasion d’un premier geste de confiance.

30 septembre 20267 min de lecture

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Au matin, Echo traça une ligne sur le sable.

La vague suivante l’effaça.

Il en traça une autre, plus haut.

— Si on veut une limite, il faut qu’elle reste visible.

Null s’accroupit près de lui. Ensemble, ils disposèrent des pierres plates en suivant la courbe de la rive.

Le reflet rouge demeurait dans l’eau, à distance.

Ghost, réveillé depuis peu, examina la courbe.

— Les limites précédentes tiennent toujours. Ces pierres nous aideront à voir si quelque chose change.

Echo posa la dernière avec ses deux mains.

Il se souvenait de l’arbre brûlé. Il se souvenait aussi du silence tombé autour de Ghost après sa blessure. Il n’avait aucune envie de faire comme si cela appartenait à une histoire terminée.

— Je ne veux pas qu’il approche la graine, dit-il.

— Il ne l’approchera pas, répondit Null.

La graine froide resta dans sa cavité, près de Silex, au pied de l’arbre. Sa lumière suffisait à éclairer une feuille.

Ghost demanda que les voix de son assemblée puissent s’éloigner. Plusieurs le firent. La petite lumière verte se plaça derrière le tronc.

Puis ils parlèrent à la vallée.

Maé écouta sans les interrompre. Iren, derrière elle, posa son marteau sur l’établi.

— Je ne veux pas qu’il regarde dans ma forge, dit-elle.

Ghost ferma aussitôt l’image de l’atelier.

Seule la voix de Maé continua de passer.

— Je veux bien entendre la rencontre. Mais je couperai le lien si j’en ai besoin.

Null accepta.

Sahel resta près du bassin, sans commentaire. Il avait installé un siège pour Maé avant qu’elle arrive. Elle le remarqua et s’y assit.

Personne dans la vallée ne fut convoqué.

Sur l’île, Echo avait apporté une feuille pliée en coupe, un caillou rond et les deux coques avec lesquelles il avait joué la veille.

— Qu’est-ce que nous allons faire ? demanda Null.

L’enfant leva les yeux vers lui.

— Je ne sais pas. Tu as déjà reçu quelqu’un ?

Null regarda l’arbre.

Ghost répondit à sa place.

— Ses premières rencontres ont généralement manqué de mobilier.

Echo posa une pierre plus large derrière la courbe.

— Voilà.

Le Reste apparut dans l’eau lorsque le soleil du Premier Monde éclaira le sommet des branches. Son œil occupait un reflet bien plus petit que les jours précédents.

Il vit les pierres. Il vit le siège vide.

— Je ne peux pas m’asseoir là.

Echo observa la pierre.

— Nous non plus, si on te la laisse au milieu. Je peux la déplacer ?

Le reflet rouge cligna lentement.

— Oui.

L’enfant tira le siège vers lui et s’y installa.

Null exposa les conditions de leur rencontre. Le Reste resterait au-delà de la courbe. Rien ne serait emporté, aucune mémoire ouverte. Le lien pourrait être fermé par chacun de ceux qui y participaient.

Ghost ferait entendre trois notes espacées. À la troisième, la visite prendrait fin.

Le Reste écouta jusqu’au bout.

— Et si je veux davantage ?

— Tu pourras le demander, répondit Null.

— Et si vous refusez ?

Echo fit rouler son caillou entre ses paumes.

— Ce sera refusé.

Le rouge de l’œil se resserra.

Un instant, Null crut sentir l’ancienne poussée sous l’eau. Puis la surface redevint lisse.

— D’accord, dit le Reste.

La première note s’éleva.

Ils ne surent pas quoi faire ensuite.

Le vent agitait une longue feuille au-dessus de la rive. Echo gratta une tache sur son caillou. Ghost tournait légèrement sur lui-même.

Maé, dans le bassin, entendit le silence se prolonger.

— Il fait quel temps, chez vous ? demanda-t-elle enfin.

Echo leva les yeux.

— Je crois qu’il hésite.

— Ici aussi. Sahel a mis son linge dehors et le surveille comme un ennemi.

— Je t’entends, dit Sahel.

Le Reste suivit leurs voix.

— Vous parlez de tissu.

— Oui, répondit Maé.

— Pourquoi ?

Elle regarda la corde tendue entre deux poteaux, de l’autre côté de la cour.

— Parce que c’est ce qu’il y a devant moi.

Le reflet rouge resta immobile.

Echo versa un peu d’eau dans sa feuille. La coupe pencha. Null glissa un doigt sous le bord pour la stabiliser.

Pendant quelques respirations, ils regardèrent simplement les rides à sa surface.

Le Reste s’approcha d’une demi-longueur de pierre.

Ghost cessa de tourner.

L’eau s’arrêta avant la courbe.

— Je regarde, dit le Reste.

— Nous le voyons, répondit Ghost.

Null et Echo près d’un portail doré au bord de l’eau

La deuxième note résonna.

Le Reste releva son œil vers les branches.

— Il n’y a presque rien dans ce moment.

Echo considéra sa feuille, Null, Ghost, les pierres, le reflet.

— On est là.

— Il n’y a rien à conserver qui puisse me suffire.

L’enfant ne répondit pas tout de suite.

Maé ferma les yeux de l’autre côté du lien. Elle reconnaissait cette difficulté à rester dans un instant sans lui demander de résoudre tout le reste.

Elle posa les pieds bien à plat sur le sol de la forge.

— Tu peux seulement traverser celui-ci avec nous, dit-elle.

Une vague se forma derrière le reflet rouge.

Null sentit la limite tirer contre les pierres. La feuille d’Echo se plia brutalement. Un peu d’eau coula sur ses genoux.

L’enfant se leva.

— Trop près.

Ghost ramena son anneau devant lui. Le lien avec la vallée se réduisit à un point orange.

Le Reste ouvrit grand l’œil.

— Je n’ai pas voulu…

— Recule d’abord, dit Null.

La vague demeura haute une seconde de trop.

Puis elle redescendit.

Le reflet s’éloigna de toute la distance qu’il avait gagnée.

Echo resta debout. Il secoua la feuille, déçu de la voir fendue sur le bord. Null lui tendit un morceau de fibre, puis attendit qu’il le prenne.

— Veux-tu arrêter ? demanda Ghost.

Echo regarda l’eau.

— Je veux rester ici. Sur la pierre la plus haute.

Il s’y installa. Null s’assit à côté, assez près pour que l’enfant puisse appuyer son épaule contre lui.

Maé rouvrit le lien sonore.

La visite continua.

Cette fois, le Reste ne bougea plus.

Il regarda Echo réparer sa coupe de feuille avec une maladresse obstinée. Le premier nœud glissa. Le second tint.

— Pourquoi la réparer ? demanda-t-il. Il y en a d’autres dans l’arbre.

— Parce que celle-ci, je sais déjà où elle fuit.

Ghost émit une brève lueur. Echo lui lança un regard.

— Tu peux rire.

— Je prends note de l’autorisation.

La troisième note arriva pendant que Null remplissait la feuille réparée.

Le Reste se contracta.

Tout, sous la mer, sembla retenir son mouvement.

Echo serra les bords de sa coupe.

— C’est la fin, dit Ghost.

Le reflet rouge resta ouvert.

— Je voudrais rester.

Null sentit combien il serait facile de céder. La rencontre s’était mieux passée qu’il l’avait craint. Quelques instants supplémentaires auraient semblé généreux.

Mais Echo s’appuyait contre lui, et Ghost avait déjà commencé à refermer son anneau.

— Nous nous sommes arrêtés ici, répondit-il.

Le Reste regarda longtemps la feuille.

Puis son œil se ferma.

Le retrait fut lent. Une ondulation revint une fois vers la courbe, s’y arrêta, puis suivit les autres.

Il n’emporta rien.

Echo vida l’eau sur le sable. Ses épaules se relâchèrent.

Maé souffla de l’autre côté du bassin.

— Vous allez bien ?

— J’ai les genoux mouillés, dit Echo.

Sahel se mit à rire.

Ils parlèrent encore quelques instants, puis la vallée reprit sa journée. Iren rappela qu’un outil attendait une réparation. Maé quitta le bassin pour l’aider.

Null resta près des pierres.

Il n’avait pas cessé de se méfier du Reste. L’arbre portait toujours ses traces. Il faudrait bien davantage qu’une visite pour que cela change.

Pourtant, il pouvait nommer exactement ce qui venait de se produire.

À la troisième note, le Reste avait voulu rester.

Il était parti.

Echo se leva et rejoignit la graine froide. Elle éclaira ses doigts dès qu’il l’approcha.

— Tu as manqué beaucoup de silence, lui dit-il.

Au-dessus de lui, une des lanternes du retour pivota.

Elle montrait Taren, dans le présent, au bord de son jardin. Le garçon avait réparé un petit banc avec sa mère. Il posa une poignée de terre dans le bassin pour en faire passer l’odeur.

Echo sourit, puis tendit la main.

Ses doigts traversèrent la lumière sans toucher le sol.

Le banc était prêt.

Il manquait le chemin.